24.08.2008
Lumières crues
Lumières crues

L'arbre
sur le dernier oeil de la nuit naissante
levait lentement
une grande paupière de lumière
Ayant renoncé à l'or et à l'ange
je voyais naître aux pommeaux renversés des fleurs
l'encre apaisée
d'une âme orange

Fermé et cru
un coup de poing de soleil
frappait ras
la gorge blanche de l'aube

Seize ans. Je m'étais perdu là.
Après le franchissement du dernier cordon de la route,
il n'y eut plus que les épaules de ma fugue
qui tremblaient de froid.

Les lieux s'étaient alors superposés.
Vrais fantômes réalités solubles,
et je rêvais de me confondre
à l'ouate mouillée du lointain

Ensuite, après la nuit de vin et de fête, ce fut beau
comme, dans l'huile d'un rêve de femme,
le lent retour d'un Ulysse
qui aurait vendu tout son charbon

L'instant avait lieu
d'une image fondant le monde entier
pour asseoir devant moi
la seconde d'un chandelier universel

Il y avait la lutte acharnée de la lumière,
la brutale avancée de son plexus à travers les limbes,
et, dans les prés, plus bas,
le dernier élan des légendes vers la dissipation

Je sus que le ciel
- mais c'était peut-être cet appel à lever les yeux -
prenait dans ces obstacles qui nous défendaient l'un de l'autre
son exacte mesure d'imprenable château à conquérir

Elle dansait, délayée et présente, fugitive et inscrite
parce qu'elle distribuait son autonomie,
parce qu'elle cueillait comme une récolte volontaire
les fruits accidentels de l'instant

La mer, si je n'y prends garde, me ramène souvent au souvenir d'une femme en allée,
à l'illusion véritable d'un destin juché sur son désordre,
à la détresse immédiate d'une main qui se déprend d'une main
pour écrire sur une autre ardoise mouillée le mot maintenant

Parfois, ça s'ouvre comme un livre.
Là-bas, le socle des choses est enfermé dans la nuit.
A mi-hauteur, le secret court parmi les arbres.
Là-haut, il s'absente dans l'art muet de la lumière.

J'avais pour moi la lumière et le froid,
la morsure de la honte, un pansement de sang rosi
et je portais sur mon dos
l'épouvantail mort d'un oiseau empaillé.

Au fond du paradis, Asie Payton, bluesman farmer,
mélange au shuffle de son vieux tracteur
des clapotis d'eau et de lumière
et le mugissement lourd de la terre qui appelle.
Flammes de rêves

Flamenco, la femme
évite et rejoint
le fuseau de nuit
qui lui sert d'écrin

Flamenco, la femme
hypnotise le masque,
la feuille de feu
qu'elle hisse à son arbre

Flamenco, la femme
jette dans la lave
son poudrin d'étincelles,
sa salive de louve

Flamenco, la femme
se chauffe au bûcher
d'un toro éclairé
par le coeur de ses cornes

En ce temps-là, la nuit,
pour qu'on sût qu'il partait,
il tournait devant lui
un haut moulin de foudre.

Je suis un peu
dans mon fils
mon père éteint
comme un vieux poulain de Troie
23:14 Écrit par Pascal Nivaille dans Illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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